FEVRIER 1769 , OLETTA ( par jacques Denis ) :

Le mot " conspiration " a maintes fois été employé au sujet de l'action prévue par les Corses contre l'armée française à Oletta dans la nuit du 13 au 14 février 1769. En premier lieu ne perdons pas de vue le contexte du moment.
Après leur défaite à BORGO, le 10 octobre 1768, les français avaient établi leur quartier principal à Oletta avec 15 compagnies levées des Régiments Royal Italiens, Rouergue, Royal Roussillon, La Marine, Languedoc mais aussi la légion de Soubise et le régiment suisse d'Eptingen. En aucune façon l'Abbé François Antoine Saliceti, surnommé Peverino, fils de feu Jean Charles et ses hommes n'avaient décidé à priori d'égorger les soldats français. Nous étions simplement en guerre. Paoli, fort de ses victoires à San Nicolao et surtout à Borgu, visait Oletta en tant que plaque tournante permettant de contenir Saint Florent et Bastia ou les Soldats du Roi de France étaient en surnombre. Chauvelin, le chef français, ne portait pas la même appréciation. Face à la témérité des Corses, il réclamait alors 8 bataillons supplémentaires ( 4000 hommes), tout en se ventant de ramener l'île à la raison dans les meilleurs délais. De son cote, Paoli qui avait constaté la prédilection des troupes françaises pour Saint Florent, pensait que la prise de Barbaggio, dans lequel la garnison française était de 500 hommes, programmée pour la nuit du 13 au 14 février 1769, serait plus aisée et lui permettrait d'annuler l'avantage pris par les français depuis le mois d'août 1768. L'action envisagée sur Oletta visait simplement à empêcher les bataillons français et étrangers, environ 1500 hommes établis dans le village, de porter secours au Régiment de La Marck, débarqué à Saint Florent le 17 octobre 1768 et stationné à Barbaggio. C'est ce qui l'advint ces 13 et 14 février 1769 ! 160 Soldats du Régiment de La Marck, aux ordres du capitaine des grenadiers Hauser, se rendirent après avoir été attaqués par 1200 Corses qui les épargnèrent.

Par la suite, ces prisonniers français seront rendus à leur pays. Il n'en fut pas de même le 15 février lorsque les renforts français aidés de volontaires Corses ne firent aucun quartier. Les Corses auxquels s'étaient joints 1500 patriotes conduis par Clémente Paoli, se trouvèrent encerclés à700 dans Barbaggio. " Il y eut de part et d'autre acharnement inconcevable…(les français) n'eurent que 85 hommes tant tués que blessés, mais plus de 600 Corses restèrent sur la place. " La résistance que voulurent faire ses rebelles fut funeste à la plus grande partie qui fut égorgée. Le mot " Conspiration " est évoqué en premier lieu par Honoré François de Perach, Chevalier d'Ampus, lieutenant-colonel du régiment de Languedoc, qui vient de faire arrêter 4 hommes. Par la suite, Joseph François Deslacs, Marquis d'arcambal, colonel-propriétaire du Régiment de Rouergue utilise le terme " trahison ", faisant un amalgame entre les volontaires à la solde du roi de France ( pour ceux la, le terme est exact) et les civils. Des le 12 février Arcambal procède à l'appel des habitants du village et constate qu'une vingtaine d'entre eux, en particulier les Salicetti sont absents. 18 habitants d'Oletta, la plus part dénoncés par Pietro Boccheciampe, 36 ans, Jean Christophe Cermolacce, 34 ans, Paolo Vincenzo Santamaria, Podesta, Giovanni Saliceti père du commun et Giovanni Oletta-Montaggione, le notaire âgé de 75 ans, sont accusés du crime de trahison et envoyés dans les cellules de la citadelle de Bastia.
Les 4 premiers arrêtés sont Agostino Agostini, dit Titino, frère du conseiller Pignatone, l'abbé Paolo Francesco Leccia, dit Moglione, fils de Marc Marie, Andréa Santamaria du Montaggione, sa femme Gloria Santamaria et un de leur trois fils : Francesco Antoine Santamaria, dit Totto, 24 ans. Seront incarcères par la suite 2 autres de leur fils : Petro Maria Santamaria, et l'abbé joseph Santamaria puis Domenico Sermolacce, 25 ans, fils de Jean Jacques et son cousin Renuccio surnommé Il Rosso, 33 ans fils d'Andréa. Ces deux derniers sont volontaires au service des français dans la compagnie du capitaine Jean Christophe ( Cermolacce, 34 ans), Francesco Stephano Leccia ( beau-frère de Renuccio), Don Pietro Leccia, 23 ans, laboureur-vigneron, fils de Stephano Maria Santamaria, veuve d'Antoine de Montaggione, Santo, fils de Bernadino volontaire, Paolo Santo Leccia, 50 ans, q. Antoine Marie volontaire, Pietro Antone dit Totto et 3 frères Di Poggio eux aussi volontaires à la solde du roi dans la compagnie Jean Christophe Cermolacci : Giovanni Camillo Guidoni, 33 ans, Giovanni Santo Guidoni, Giovanni Guidoni, 26 ans.Il ne faudra pas plus de quelques jours au compte de Marbreuse, toujours prompt à charger les accusés pour adjoindre les qualificatifs de " conspiration " et de " complot contre le service du roi ", un crime de lèse-majesté qui facilite l'utilisation d'un article d'Ordonance rendant tous les accusés y compris les civils passibles du conseil de guerre et permet la mise en œuvre d' " une justice plus éclatante. Outre le chef de la " conspiration ", l'abbé Salicetti, d'autres habitants sont catalogués comme étant " passés aux rebelles. Nous trouvons tout d'abord sont neveu, Orlando Salicetti, q. Jean Antoine mais aussi Jean Dominique Salicetti ( président),q. Don Jean et son frère, Don Tomaso, Andréa Salicetti, fils du capitaine Virgino, Pietro Salicetti,( Président) fils d'Angelo Matteo, Jean Teramo fils Ignazio, Jean Dominique Santamaria dit San Fiurenzo, fils Andréa ( 4eme frère), Jean Jacques Costa fils de François-Xavier, Jacques Leccia q . Pierre, Jean Jacques Leccia, tous deux beaux-frères de Don pietro Leccia, Paolo Francesco Clavesani q . Jean Philippe, Dominico Francesco Clavesani, Pietro Maria q. Antoine Giudice, de Guado in Là. Ces deux derniers, devaient conduire un détachement de nationaux à travers les bois de Suariccie.
D'autres encore seront cités au fil des témoignages : Joseph Santo Leccia, fils de Dominique Paolo, volontaire dans la compagnie du capitaine Francesco Maria Leccia, 2 frères de Guado in Là : Joseph Maria et Bartolomeo q. Dominique, Dominico Agostini, Mathieu Agostini , capitaine de Paoli, fils d'Augustin ainsi que Angelo Francesco du Poggio et ses deux fils : Agostino et Dominico, Jean Jacques Cermolacci père de Dominique un des 4 volontaires, Pelone, Pasquino, Jean Carlo, Papaolo de Guado in Là. Santo, fils de Bernadino, Memo, fils Cesareo du Poggio, tous deux volontaires, Francesco Leccia, dit Cecco, q. Gioan Gilio. Le jugement des prisonniers et des contumaces est rendu le 17 juillet 1769. Le président du tribunal est l'intendant Chardon, accompagné de 10 membres de la magistrature et de l'armée : Jean Joseph Baude, rapporteur, Jean Aime de l'Isle, régisseur général des vivres en Corse, François de Maupassant, commissaire des guerres, Jean Etienne Delaitre, Louis Antoine Drolenvaux, commissaire des guerre, Jacques Robert de Montcarville, commissaire des guerres, Henri Artus de Manscourt, Jean Baptiste Collet de Messine, Etienne Louis Ponce Serval et jean Antoine Tisset de la Motte, commissaire des guerres. Pierre Ambroise Chambellan tiens le rôle de procureur général, Mathieu Cristofari celui d'interprète. Comme il est d'usage à cette époque, les condamnés subissent après le jugement des interrogatoires-tortures, avec la question ordinaire dite des canettes et la question extraordinaire dite de la corde. L'exécution intervient le lundi 25 septembre 1769, en soirée. 5 habitants du village sont rompus vifs sur la place du couvent : Don Pietro Leccia, Francesco Antonio Santamaria dit Totto, Jean Camille Guidoni, Jean Guidoni et Dominique Cermolacci. C'est à ce moment qu'intervient l'acte courageux de celle que l'on nommera par la suite l'Antigone Corse, Maria Gentile Belgodere, 22 ans, Fiancée vraisemblablement à Giovanni Guidoni. Maria Gentile est la fille de Maria Catharina Leccia, 50 ans, veuve.

Dans le courant de l'été 1769, l'administration ( militaire) française procède à un dénombrement de la population (et du cheptel). Le résultat obtenu est sans équivoque. A Oletta sont recensés 87 feux et 97 demi-feux. Une proportion inhabituelle. En effet, nous avons effectue quelques sondages dans les Pieve de Ghjussani, Niolu, Caccia, et celle du Cap Corse. Pour ce qui concerne les demi-feux, on trouve une fourchette de 30 à 50 %. A Oletta, l'on approche les 90%. A Vallecalle, le résultat est encore plus significatif : 22 demi-feux et 24 feux. Toujours à Oletta, l'on recense 119 Hommes pour 184 femmes. 62 d'entre elles sont veuves. 9 sont âgées de plus de 60 ans. Les 53 autres ( sauf une) ont des enfants en bas-âge, dont 6 sont agés d'un an ce qui implique la présence d'un père dans les 2 ans précédents tout au plus. Il apparaît que les familles les plus touchées portent les patronymes Salicetti, Leccia, Santamaria, Clavesani, Guidoni, Agostini. La cause de cette absence quasi généralisée est connue. Un nombre conséquent des hommes du village a pris partie pour Pasquale de' Paoli. Ils ont participé à l'attaque de Barbaggio. C'est le cas de l'abbé Pierre Salicetti, Jean Dominique Salicetti, Don Thomas Salicetti, André Salicetti, Roland Salicetti, Jean Teramo, Jean -Dominique dit San Fiurenzo, fils de Andréa Santamaria, Jean Jacques Costa, Jacques Leccia, Pierre- marie q. Antone Guidice de Guado in là, Paul François Clavesani, Barthélemy Joseph-Marie de Guado in Là, Santo Leccia, volontaire, Ange François Agostini de Poggio et ses deux fils Augustin et Dominique. L'issue de L'attaque de Barbaggio tourne à l'avantage des français. Les soldats du Roi font prisonnier environ 300 hommes. Si l'on connaît le sort réservé aux 232 prisonniers Corses de Nonza, en août 1768, pour ceux de Barbaggio nous n'avons trouvé aucune trace. Le même Jour, toujours à Barbaggio, 300 autres Corses sont tués dont l'abbé Salicetti. La plupart ont été égorgés si on en croit le récit français.

Comme tant d'autres villages, Oletta aura ainsi contribué à la cause nationale Corse et le tribut payé par ses hommes sera lourd, très lourd.